Les pirates du fleuve Rhône [vidéo]

Une vidéo du siècle dernier des collections de l’institut Lumière à Lyon sur la pêche et le braconnage dans le fleuve, les pirates du fleuve Rhône :

Ce documentaire de 1933 plonge dans les eaux poissonneuses du Rhône. Aux alentours de Lyon, la pêche est louée et déjà empoisonnée par les rejets industriels. Les pêcheurs sont contraints au braconnage de nuit. Ils sont surnommés les « pirates du Rhône ».
Ces pirates troquent la canne contre l’épuisette. 35 minutes leur suffisent pour attraper plusieurs kilos de poissons, car un seul bâton de dynamite permet de faire remonter à la surface la friture abasourdie…

Les pirates du fleuve Rhône en vidéo

pirates du rhone

 

« Cette enquête sur les braconniers multirécidivistes du Rhône est accompagnée par un texte réjouissant, dont l’ironie dresse un brillant réquisitoire contre l’ordre établi. Co-auteur et co-réalisateur des Pirates du Rhône, Jean Aurenche revient sur le projet et la réalisation du film.

J’avais un ami opérateur, Pierre Charbonnier (un très bon peintre qui par la suite a été le décorateur de Bresson sur beaucoup de films). Charbonnier m’avait conduit pour la première fois au bord du Rhône, à La Roche de Glun, un petit patelin près de Valence où il possédait une petite bicoque. Il faut vous dire que La Roche de Glun a une particularité géographique : celle de s’étaler le long d’une courbe du Rhône. Là, dans cette courbe, s’échouaient toujours les noyés. Le maire se voyait obligé de faire enterrer ces cadavres au frais de la municipalité, ce qui devint vite lourd pour la petite communauté. Alors il chargea un braconnier, un certain Darone, d’aller porter les noyés au village d’en face. Mais Darone, une nuit, fut pris en flagrant délit, et les deux villages se battirent.

Nous avions fait connaissance avec ce braconnier, un type extraordinaire, dont je pourrais parler pendant des heures. C’était un pirate. Il pêchait à l’aube à l’épervier et autres engins défendus – mais jamais à la dynamite. Il nous a raconté sa vie passée en partie en prison : on ne badinait pas avec les délits de pêche. Un de ses métiers, c’était d’apprendre aux gars qui sortaient de taule à tresser des paniers d’osier. Il en avait toujours cinq ou six autour de lui, avec sa fille… vous voyez ? Les gens du pays venaient aussi la voir : elle avait sa cour.

Le personnage nous avait tellement plu qu’on voulait faire, avec Pierre Charbonnier, Une journée de Darone. Sans écrire de scénario : on y pensait. Un jour, Jean Wiener, qui était un ami, m’a présenté à un administrateur de chez Pathé, le play-boy maison, Simon Cerf. Plus tard, il a eu des ennuis, une faillite, mais moi je n’ai que de la sympathie pour lui. Je lui ai raconté le sujet ; il m’a dit : « Ca va coûter combien cette histoire ? » et j’ai répondu que je ferais le film – cinq ou six cents mètres – avec trente mille francs de sa poche. En 1935, c’était beaucoup d’argent (on peut multiplier par 500 environ). Pour un débutant, une aubaine formidable.

Je suis parti le faire, et Cerf a été récompensé parce que Les Pirates du Rhône a très bien marché, il a été acheté un peu partout, même en Suisse !

Le texte avait plus d’importance que les images, peut-être bien. Je ne le referais pas de la même façon aujourd’hui. Mais c’était la première fois qu’on consacrait un film à un personnage comme Darone.

Pendant un mois, nous l’avons suivi et filmé partout où il allait, puis nous avons monté un film intéressant et comme on n’en faisait pas à cette époque. (Les documentaires d’alors étaient des présentations compassées du Mont Saint-Michel ou autres curiosités architecturales).

Il y avait une scène de pêche de nuit à la dynamite. En réalité, nous n’avions pas de dynamite – ni de poissons non plus ! J’avais acheté des merlans au marché, on les précipitait dans l’eau et, en tournant à l’envers, on les voyait remonter à la surface. Personne n’a jamais rien remarqué, sauf un jour, Florent Fels, un directeur de journal qui était, comme notre ami Tavernier, un gourmet. Assis à côté de moi, il s’est exclamé :  Salauds, c’est des merlans !  »

  • Extrait de La Suite à l’écran, Entretiens avec Jean Aurenche aux éditions Institut Lumière / Actes Sud.

Les pirates du fleuve Rhône

Réalisateurs : Jean AURENCHE, Pierre CHARBONNIER
Nationalité : Française
Durée : 11′ 40″
Genre : documentaire
Son : sonore
Tirage : noir et blanc
Producteur : Simon Cerf
Compositeur : Jean Wiener
Langue originale : Française

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